Lorsqu'une famille traverse une situation de violences conjugales, les enfants sont souvent des témoins silencieux, parfois des victimes directes. En France, des unités spécifiquement dédiées existent au sein de la police et de la gendarmerie pour accompagner ces familles avec humanité et professionnalisme : les brigades de protection de la famille (BPF). Cet article vous explique leur rôle essentiel et comment elles agissent pour protéger les enfants exposés aux violences.
Qu'est-ce qu'une brigade de protection de la famille ?
Les brigades de protection de la famille sont des services d'enquête spécialisés présents dans les commissariats de police et les gendarmeries de France. Elles ont été créées pour répondre à un constat simple : les violences intrafamiliales nécessitent une approche différente des enquêtes classiques, car elles touchent des victimes souvent vulnérables, notamment les enfants.
Ces brigades traitent l'ensemble des infractions liées à la sphère familiale : violences conjugales, maltraitances sur mineurs, agressions sexuelles intrafamiliales, mais aussi les situations où des enfants sont exposés à des violences entre leurs parents sans en être directement la cible.
Des enquêteurs formés spécifiquement
Contrairement aux idées reçues, tout policier ou gendarme ne traite pas ces dossiers de la même manière. Les agents des BPF reçoivent une formation spécifique portant sur :
- La psychologie de l'enfant victime ou témoin de violences
- Les techniques d'audition adaptées aux mineurs (souvent filmées, dans des salles dédiées et non intimidantes)
- La compréhension du cycle des violences conjugales
- Le repérage des signaux de danger et de l'emprise psychologique
- La coordination avec les services sociaux, médicaux et judiciaires
Cette expertise permet d'éviter que l'enfant ne revive un traumatisme supplémentaire lors du dépôt de plainte ou de l'enquête.
Pourquoi cette spécialisation est essentielle pour les enfants
Les enfants exposés aux violences conjugales, même s'ils ne sont pas frappés directement, subissent des conséquences psychologiques profondes : anxiété, troubles du sommeil, difficultés scolaires, sentiment de culpabilité, voire reproduction des schémas de violence à l'âge adulte. Il est donc essentiel que les professionnels qui les rencontrent soient capables de recueillir leur parole sans les brusquer.
« Un enfant qui témoigne dans de bonnes conditions, avec des professionnels bienveillants, est un enfant qui pourra plus facilement se reconstruire », rappellent régulièrement les associations de protection de l'enfance.
Les BPF disposent souvent de locaux aménagés : salles d'audition avec jouets, matériel d'enregistrement discret, présence possible d'un psychologue. Ces conditions permettent à l'enfant de s'exprimer plus librement, sans pression, et de manière adaptée à son âge.
Le rôle des enquêteurs dans la protection immédiate
Au-delà de l'enquête judiciaire, les brigades de protection de la famille jouent un rôle de vigilance et de protection immédiate. Elles peuvent notamment :
- Signaler la situation au procureur de la République en urgence
- Alerter les services de l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE)
- Faciliter la mise en place d'une ordonnance de protection
- Orienter vers un hébergement d'urgence pour la mère et les enfants si nécessaire
- Coordonner leur action avec l'Éducation nationale ou les services médicaux
Comment se déroule un dépôt de plainte avec des enfants concernés ?
Beaucoup de parents victimes hésitent à porter plainte par crainte des répercussions sur leurs enfants. Il est important de savoir que le processus est pensé pour limiter les traumatismes :
- L'enfant n'est jamais confronté directement à l'auteur des violences pendant la procédure
- Son audition, si elle est nécessaire, est réalisée par un enquêteur formé, dans un cadre rassurant
- Un professionnel de santé ou un psychologue peut être présent
- La parole de l'enfant est toujours prise au sérieux, quel que soit son âge
Il ne faut jamais craindre de solliciter une brigade de protection de la famille : leur mission première est justement de protéger, pas de juger les parents en difficulté.
Où trouver la brigade de protection de la famille la plus proche ?
Chaque commissariat ou gendarmerie peut orienter vers le service compétent le plus proche. Il est également possible de se renseigner directement auprès :
- Du commissariat ou de la gendarmerie de votre secteur
- Du site officiel service-public.fr
- De la plateforme de signalement en ligne arretonslesviolences.gouv.fr
Un accompagnement qui ne s'arrête pas à l'enquête
Les brigades de protection de la famille travaillent en réseau avec de nombreux partenaires : associations d'aide aux victimes, cellules de recueil des informations préoccupantes (CRIP), services hospitaliers pédiatriques, psychologues spécialisés dans le psychotraumatisme infantile. Cette approche globale garantit que l'enfant, une fois repéré comme victime ou témoin de violences, bénéficie d'un suivi dans la durée, et pas seulement d'une intervention ponctuelle.
Il est essentiel de rappeler aux parents victimes que solliciter ces services n'est jamais une démarche punitive envers eux-mêmes : c'est un acte de protection pour leurs enfants, souvent salué et soutenu par les professionnels qui les accompagnent.
Ressources et aide
Si vous ou vos enfants êtes concernés par des violences intrafamiliales, plusieurs numéros et structures sont à votre disposition, gratuitement et en toute confidentialité :
- 3919 – Numéro national d'écoute pour les femmes victimes de violences (gratuit, anonyme, disponible 24h/24 et 7j/7)
- 119 – Allô Enfance en Danger, pour signaler une situation concernant un mineur
- 17 – Police secours, en cas d'urgence immédiate
- arretonslesviolences.gouv.fr – Plateforme officielle de signalement et d'information
- service-public.fr – Démarches administratives et juridiques
N'hésitez jamais à demander de l'aide : les brigades de protection de la famille et les numéros d'écoute existent pour vous accompagner, vous et vos enfants, vers un avenir plus serein.