Après des violences conjugales, la solitude est souvent l'une des blessures les plus profondes et les plus durables. De nombreuses victimes se retrouvent isolées, coupées de leurs proches, méfiantes envers les autres, parfois même envers elles-mêmes. Face à ce constat, une initiative simple mais puissante se développe partout en France : les groupes de marche solidaires. Marcher ensemble, échanger sans jugement, avancer littéralement et symboliquement vers la reconstruction. Cet article explore cette forme de soutien encore méconnue mais précieuse.
Pourquoi la marche en groupe aide-t-elle les victimes de violences ?
La marche possède des vertus thérapeutiques reconnues. Elle libère des endorphines, réduit le stress et permet de retrouver progressivement une sensation de sécurité dans son propre corps, souvent mise à mal par les violences subies. Mais c'est surtout la dimension collective qui fait toute la différence.
Marcher à plusieurs, dans un cadre bienveillant et non médicalisé, permet de :
- Rompre l'isolement social souvent imposé par l'emprise du conjoint violent
- Créer du lien avec d'autres personnes ayant vécu des situations similaires
- Retrouver confiance en sa capacité à sortir, à se déplacer librement
- Partager son vécu à son rythme, sans pression ni obligation de tout raconter
- Reprendre goût à des activités simples, souvent délaissées pendant la relation violente
« La première fois que je suis venue marcher avec le groupe, je n'ai presque pas parlé. Mais j'ai écouté, et j'ai compris que je n'étais pas seule. C'est ça qui m'a sauvée. » — Témoignage d'une participante à un groupe de marche solidaire
Comment fonctionnent ces groupes de marche ?
Un cadre sécurisant et sans jugement
Les groupes de marche solidaires sont généralement organisés par des associations locales de soutien aux victimes de violences conjugales, parfois en partenariat avec des centres d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) ou des maisons des femmes. Les rencontres ont lieu régulièrement, souvent une fois par semaine ou tous les quinze jours, dans des parcs, des sentiers ou des espaces urbains sécurisés.
Contrairement à un groupe de parole classique, la marche offre un cadre moins frontal. Marcher côte à côte, plutôt que se regarder en face, facilite souvent la parole pour les personnes qui ont du mal à s'exprimer directement sur leur vécu. Le mouvement du corps accompagne le mouvement de la pensée.
Une participation libre et progressive
Il n'est jamais obligatoire de parler de son histoire pour participer à ces groupes. Certaines personnes viennent d'abord uniquement pour marcher, sans échanger sur leur situation personnelle. D'autres, avec le temps, se sentent en confiance et partagent progressivement leur parcours. Cette liberté est essentielle : elle respecte le rythme de chacune, sans forcer la parole ni l'exposition.
Les animatrices de ces groupes, souvent des bénévoles formées ou des professionnelles du secteur social, veillent à instaurer une ambiance bienveillante, sans compétition ni jugement sur la vitesse de marche ou la forme physique.
Les bienfaits observés sur la reconstruction
Plusieurs associations qui proposent ce type de dispositif rapportent des effets positifs concrets chez les participantes :
- Diminution du sentiment d'isolement et de honte
- Amélioration de l'estime de soi grâce à la reconnaissance du groupe
- Création de liens d'amitié durables entre participantes
- Meilleure gestion du stress post-traumatique lié aux violences subies
- Reprise progressive d'une vie sociale active
Ces groupes ne remplacent pas un accompagnement psychologique ou juridique, mais ils constituent un complément précieux dans le parcours de reconstruction. Ils permettent souvent de créer une passerelle vers d'autres formes d'aide, les participantes se sentant plus en confiance pour solliciter un accompagnement plus approfondi une fois le lien de confiance établi avec le groupe.
Comment trouver un groupe de marche solidaire près de chez soi ?
Ces initiatives se multiplient mais restent parfois peu visibles. Pour trouver un groupe de marche solidaire dans votre région, plusieurs pistes existent :
- Contacter les associations locales de lutte contre les violences conjugales
- Se renseigner auprès des CIDFF (Centres d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles) de votre département
- Demander conseil aux Maisons des Femmes, présentes dans plusieurs grandes villes françaises
- Appeler le 3919 pour être orientée vers les dispositifs existants localement
- Consulter les réseaux sociaux d'associations féministes locales, qui communiquent souvent sur ces événements
Si aucun groupe n'existe encore près de chez vous, sachez qu'il est tout à fait possible d'en initier un, seule ou avec le soutien d'une association. Certaines structures proposent d'ailleurs des kits ou des accompagnements pour aider à la création de nouveaux groupes de marche solidaires.
Un pas après l'autre vers la reconstruction
Sortir de l'emprise et des violences conjugales est un chemin long et souvent semé d'embûches. Les groupes de marche solidaires ne prétendent pas résoudre à eux seuls toutes les difficultés rencontrées, mais ils offrent un espace précieux de reconnexion à soi et aux autres. Ils rappellent une vérité essentielle : on ne guérit jamais seule, mais on peut avancer, pas à pas, entourée de personnes qui comprennent.
Si vous êtes concernée par des violences conjugales, sachez qu'il existe de nombreuses ressources pour vous accompagner, à chaque étape de votre parcours, que vous soyez encore dans la relation violente, en train de la quitter, ou déjà sortie depuis un moment.
Ressources et aide
Vous n'êtes pas seule. Des professionnels sont disponibles pour vous écouter, vous informer et vous accompagner, gratuitement et en toute confidentialité :
- 3919 - Violences Femmes Info : numéro national d'écoute gratuit et anonyme, disponible 24h/24 et 7j/7
- Arretonslesviolences.gouv.fr : plateforme officielle du gouvernement avec chat en ligne et informations pratiques
- 3114 : numéro national de prévention du suicide, si vous traversez une période de détresse psychologique
- CIDFF (Centres d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles) : pour un accompagnement juridique, social et psychologique près de chez vous
- Maisons des Femmes : présentes dans plusieurs villes, elles proposent un accompagnement global incluant parfois des groupes de marche ou de parole
- 15 ou 17 : en cas de danger immédiat, contactez les urgences ou la police
Chaque pas compte. Que ce soit un appel téléphonique, une première marche avec un groupe solidaire, ou une simple recherche d'information, vous méritez d'être accompagnée avec bienveillance et sans jugement.