Introduction : quand les mythes protègent les agresseurs

Les violences de genre restent l'une des violations des droits humains les plus répandues. Pourtant, de nombreux mythes circulent dans notre société, entravant la prise en charge des victimes et renforçant le silence. Ces idées reçues, ancrées profondément dans nos imaginaires collectifs, méritent d'être questionnées et démontées.

Comprendre ces mythes n'est pas qu'un exercice intellectuel : c'est une étape fondamentale pour créer un environnement où les victimes osent parler, où la société prend position et où les agresseurs sont tenus responsables.

Mythe 1 : "Les violences de genre, c'est surtout physique"

C'est l'un des préjugés les plus dangereux. La réalité est bien plus complexe. Les violences de genre englobent de nombreuses formes :

Les violences psychologiques et économiques laissent rarement des traces visibles, mais leur impact sur la santé mentale et physique des victimes est dévastateur. Une personne peut être profondément traumatisée sans avoir une seule ecchymose. Ce mythe explique pourquoi beaucoup de victimes ne sont pas cru·e·s : "Mais où sont les preuves ?"

Mythe 2 : "Si c'était vraiment grave, elle partirait"

Ce mythe dénote une profonde méconnaissance des mécanismes de l'emprise psychologique. Partir d'une relation violente n'est jamais simple. Les victimes font face à :

Les statistiques montrent que les moments les plus dangereux pour une victime surviennent lors de la séparation ou après. Près de la moitié des féminicides en France sont commis par des partenaires ou ex-partenaires. Partir, c'est souvent prendre le plus grand risque.

Mythe 3 : "La victime a dû faire quelque chose pour mériter ça"

Ce mythe du "blâme de la victime" est extrêmement pernicieux. Il repose sur l'idée que le comportement de la victime est responsable de la violence subie. C'est complètement faux.

La violence est un choix de l'agresseur. Aucun comportement, aucune tenue, aucune parole ne justifie les violences. Ce raisonnement inverse les responsabilités : on demande à la victime ce qu'elle a fait pour "mériter" plutôt que de questionner ce qui pousse quelqu'un à frapper, humilier ou contrôler un·e autre personne.

Ce mythe est particulièrement présent dans les cas de violences sexuelles, où des questions comme "Qu'est-ce qu'elle portait ?" reviennent constamment. Le consentement ne se négocie pas sur la tenue ou le contexte.

Mythe 4 : "Les violences de genre ne concernent que les femmes"

Les hommes peuvent aussi être victimes de violences conjugales. Cependant, il est important de noter que statistiquement, les femmes représentent l'écrasante majorité des victimes de violences de genre. En France, une femme sur trois subit au moins une violence physique ou sexuelle au cours de sa vie.

Les hommes victimes font face à des obstacles particuliers : une plus grande stigmatisation sociale, une peur d'être ridicules, une méconnaissance des ressources. Ils méritent également du soutien.

Les violences touchent aussi les personnes LGBTQIA+, qui subissent des violences spécifiques liées à leur orientation sexuelle ou identité de genre.

Mythe 5 : "Les violences de genre, c'est un problème de classes populaires"

Faux. Les violences conjugales traversent toutes les classes sociales, tous les niveaux d'éducation, toutes les professions. Un médecin, une avocate, une ingénieure peuvent être victimes. Un PDG ou un professeur d'université peuvent être agresseur.

Ce mythe peut expliquer pourquoi les victimes de milieux aisés osent moins parler : elles pensent que la violence ne "devrait pas" les concerner. Cela les isole davantage et renforce le silence.

Mythe 6 : "Si elle l'aime, elle lui pardonnera"

L'amour n'est pas une raison de tolérer la violence. Ce mythe romantique est dangereux. Il confond l'amour avec la capacité à supporter l'intolérable. C'est particulièrement problématique car il laisse entendre que l'amour devrait justifier la violence ou en faciliter la "cicatrisation".

Un acte violent détruit la confiance, la sécurité et le respect mutuel que la relation amoureuse devrait garantir. Le pardon ne remplace pas la justice, la responsabilité ou le changement réel du comportement.

Mythe 7 : "Elle/Il ne le dit pas, donc c'est que c'est exagéré"

Le silence des victimes ne reflète pas la gravité de ce qu'elles subissent. C'est l'inverse : beaucoup de victimes se taisent précisément parce que :

En moyenne, une victime subit 35 à 40 actes violents avant de chercher de l'aide.

Mythe 8 : "Les agresseurs sont malades mentales"

Ce mythe pathologise la violence. La plupart des agresseurs ne souffrent pas de troubles psychiatriques spécifiques. C'est un choix comportemental basé sur des modèles patriarcaux, un désir de contrôle et une conviction (souvent consciente) que le recours à la violence est acceptable.

Cette confusion permet aux agresseurs d'échapper à leur responsabilité en se présentant comme des "malades" plutôt que des auteur·e·s de violences délibérées.

Pourquoi déconstruire ces mythes est essentiel

Ces mythes ne sont pas anodins. Ils :

Déconstruire ces mythes, c'est créer un environnement où :

Ce que vous pouvez faire

Si vous côtoyez quelqu'un en situation de violence, écoutez sans juger. Si vous entendez ces mythes, questionnez-les poliment mais fermement. Si vous êtes victime, sachez que ce qui vous arrive n'est pas de votre faute, peu importe les circonstances.

Ressources et aide

Numéro national d'écoute : 3919

Accessible 24h/24, 7j/7, gratuit et confidentiel. Disponible pour les femmes victimes de violences, leurs proches et les professionnel·le·s.

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