Aller chez le médecin, consulter un gynécologue, prendre un rendez-vous psy ou simplement se rendre à la pharmacie : ces gestes du quotidien peuvent devenir impossibles lorsqu'un partenaire exerce un contrôle sur la santé de l'autre. Le refus de soins imposé par le conjoint est une forme de violence encore trop peu identifiée, alors qu'elle met directement en danger la santé physique et psychique des victimes. Cet article explique comment ce contrôle s'installe, pourquoi il constitue une violence conjugale à part entière, et quelles ressources existent pour en sortir.
Qu'est-ce que le contrôle médical dans le couple ?
Le contrôle médical désigne l'ensemble des comportements par lesquels un partenaire empêche, retarde ou conditionne l'accès de l'autre aux soins de santé. Il s'inscrit dans une logique plus large de contrôle coercitif, où l'auteur des violences cherche à dominer tous les aspects de la vie de la victime, y compris son corps et sa santé.
Ce contrôle ne se limite pas à un simple désaccord sur un traitement. Il s'agit d'une privation d'autonomie répétée, qui vise à maintenir la victime dépendante et isolée.
Des formes multiples et parfois insidieuses
- Refuser ou retarder l'accès au médecin, au dentiste ou à l'hôpital, même en cas de douleur ou d'urgence
- Confisquer la carte vitale, la carte d'identité ou les moyens de paiement nécessaires à une consultation
- Assister systématiquement aux rendez-vous médicaux pour surveiller ce qui est dit
- Minimiser ou ridiculiser les symptômes (« tu exagères », « ce n'est rien »)
- Empêcher l'accès à la contraception, à un suivi gynécologique ou à une IVG
- Interdire ou décourager un suivi psychologique ou psychiatrique
- Priver la victime de moyens de transport ou de temps libre pour se rendre à un rendez-vous
- Faire pression pour interrompre un traitement en cours
« Chaque fois que je voulais aller chez le médecin, il me disait que je faisais une montagne de rien. À force, j'ai arrêté de demander. » Ce témoignage, recueilli par des associations d'aide aux victimes, illustre comment le doute s'installe progressivement chez la victime elle-même.
Pourquoi il s'agit d'une véritable violence conjugale
Le corps humain a besoin de soins réguliers pour rester en bonne santé. Priver quelqu'un de cet accès revient à mettre sa vie en danger, parfois directement (urgence non traitée) et souvent indirectement, en aggravant des pathologies chroniques ou des souffrances psychologiques.
Ce comportement répond à une logique de domination : plus la victime est fragilisée physiquement et mentalement, plus elle devient dépendante de son partenaire. Le contrôle médical s'ajoute souvent à d'autres formes de violences déjà présentes dans le couple : violences psychologiques, économiques ou physiques.
Un mécanisme d'isolement renforcé
Les rendez-vous médicaux constituent souvent l'un des rares moments où une victime pourrait être seule, sans surveillance, et échanger librement avec un professionnel formé à repérer les signes de violence. En empêchant ou en contrôlant ces rendez-vous, l'auteur des violences limite drastiquement les occasions où la victime pourrait demander de l'aide ou être identifiée comme étant en danger.
Les conséquences sur la santé et le bien-être
Les répercussions de ce contrôle sont multiples et souvent durables :
- Aggravation de pathologies existantes faute de suivi régulier
- Retard de diagnostic pour des maladies graves
- Grossesses non désirées ou non suivies médicalement
- Détresse psychologique accrue, isolement, sentiment d'impuissance
- Perte de confiance en son propre ressenti et en ses besoins
- Dépendance accrue envers le partenaire, qui devient le seul « filtre » d'accès aux soins
À long terme, ce type de privation peut avoir des conséquences aussi graves que des violences physiques directes, car il agit sur la durée et touche à la fois le corps et l'esprit.
Que dit la loi ?
En France, l'accès aux soins est un droit fondamental protégé par le Code de la santé publique. Empêcher volontairement une personne d'accéder à des soins nécessaires, dans un contexte de violence conjugale, peut être qualifié juridiquement de violence psychologique, voire de mise en danger selon les circonstances. Ce comportement peut être pris en compte dans une procédure de plainte pour violences conjugales, au même titre que les violences physiques ou verbales.
Il est important de savoir que les professionnels de santé (médecins, sages-femmes, infirmiers) sont formés pour repérer les signes de violences conjugales et peuvent, avec l'accord de la patiente, alerter les autorités compétentes ou orienter vers des structures d'aide.
Comment réagir face à ce contrôle ?
Identifier la situation
Reconnaître que ce contrôle constitue une violence est une première étape essentielle. Il ne s'agit pas d'un « excès de protection » ou d'une simple mésentente, mais d'un mécanisme de domination.
Chercher des moments et des espaces sécurisés
- Profiter d'un moment seul(e) pour appeler un médecin ou une pharmacie
- Utiliser un téléphone d'un proche de confiance si le sien est surveillé
- Se rendre aux urgences, où les professionnels peuvent recevoir seul(e) et en toute confidentialité
- Parler discrètement à un professionnel de santé lors d'une consultation, même accompagnée
S'appuyer sur des professionnels formés
De nombreux professionnels de santé, travailleurs sociaux et associations sont formés pour accompagner les victimes de violences conjugales, y compris lorsque l'accès aux soins est entravé. Ils peuvent proposer une orientation discrète, sans jugement, à votre rythme.
Ressources et aide
Si vous vivez cette situation ou si vous en êtes témoin, sachez que des solutions existent et que vous n'êtes pas seul(e) :
- 3919 — Numéro national d'écoute pour les femmes victimes de violences, gratuit, anonyme et accessible 24h/24 et 7j/7
- 15 — SAMU, en cas d'urgence médicale
- 17 — Police secours, en cas de danger immédiat
- 114 — Numéro d'urgence par SMS pour les personnes ne pouvant pas parler
- arretonslesviolences.gouv.fr — plateforme officielle du gouvernement avec chat en ligne confidentiel
- Les centres d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF), présents dans toute la France
- Les services sociaux des hôpitaux et les unités médico-judiciaires (UMJ), qui peuvent recevoir en toute confidentialité
Reprendre le contrôle de sa santé est un droit. Aucun rendez-vous médical, aucun soin nécessaire ne devrait dépendre de l'accord d'un partenaire. Parler à un professionnel de confiance est souvent le premier pas vers une sortie de l'emprise.